Bio-Art et éthique

jeudi 18 décembre 2003, par Thierry



Le bio-art est la pierre d’achopement d’ une révolution technologique qui marque l’entrée dans la civilisation post-industrielle. Cette révolution à pris son essor avec l’évolution rapide des découvertes en bio-technologies depuis une dixaine d’années. Les manipulations génétiques qui laissent augurer des changements majeurs dans les possibilité offertes de la manipulation du vivant ont deux objectifs princpaux. Le premier vise une meilleur compréhension du patrimoine génétique des êtres vivants, en tant que science fondamentale il peut permettre de comprendre les processus complexes qui régissent et conditionnent les êtres vivants. il en découle tout naturelement la possibilité d’intervenir sur ce patrimoine pour modifier certaines carences, guérir des maladies. disons le clairement en tant que science fondamentale lles bio-technologies sont une avancée certaine. Le second vise une rentabilité à court terme des sommes englouties dans ces travaux à haut risques et à forts coûts. Il es tentant d’intervenir sur des manipulations à grande échelle et rapidement commercialisables, les culture trangéniques en sont une parfaite illustration.

La situation devient beaucoup plus complexe lorsqu’il s’agit d’ introduire de l’éthique dans ce type de travaux. Est-il utile et souhaitable de découvrir le gène de l’embonpoint ? Oui sûrement s’il est possible de réguler cet embonpoint. Mais qu’en est-il du gène psychopathe, du violeur, de l’assassin...ou du génie ? Sommes-nous condamné à une catégorisation forcenée ? La question dépasse amplement la seule sphère technique du spécialiste, elle questionne tout autant le citoyen et le législateur. Question brûlante et d’autant plus importante que rien ne prouve dans l’état actuel des connaissances qu’un seul gène soit responsable de tel ou tel dysfonctionnement physiologique ou psychique ce qui est somme toute est plutôt rassurant.

Ils existe toute une batterie d’autres questions d’ordre ethique qui méritent de trouver réponses et qui, elles, sont associés aux applications marchandes de ces découvertes. Quelle garantie avons-nous que les produits génétiquement modifié mis sur le marché n’auront pas d’incidences durables sur la bio-diversité. Qu’en est-il de leur traçabilité ? Avons-nous encore le choix de ce que nous mangeons ? Il est clair que ces questions mettent dans l’embarras les transnationales qui n’ont ni l’intention d’y répondre ni le recul suffisant pour apporter des réponses viables.

Dans ce contexte ou la priorité est donnée encore une fois à la rentabilité, il faut poser la question de la responsabilité collective des choix opérés à tous ceux qui cautionnent ce type de recherche. Il est clair que la science a faillit à sa mission à plusieurs reprises depuis une vingtaine d’année. Les affaires du sang contaminé, les profits faramineux sur les antibiotiques comme sur la trithérapie au dépend des malades et de leur porte-monnaie, ne permettent plus d’accorder une confiance aveugle dans la science. Nous sommes très loin de l’image du docteur Knock- encore qu’il augurait assez bien du dérapage actuel de l’absence de moralité de la science-, l’homme savant qui impressionnait les villageois incultes. Mais si la science porte du fait de ses conditions d’exercice une part importante de responsabilité, elle n’enléve rien au autre acteurs sociaux et tout particulièrement aux homme politiques qui se protègent un peu trop facilement derrière l’avis technique des chercheurs pour donner un cadre moral et légal et imposer des limites aux recherches bio-technologiques. Enfin n’oublions pas la responsabilité citoyenne qui est le fondement de toute démocratie et qui trouve difficilement un espace pour faire entendre sa voix. Des citoyens par toujours très au fait des enjeux et qui pour la plupart abandonnent lâchement aux politiques le soin d’assumer à leur place la responsabilité qui est la leur.

A cette affaire déja complexe du cadre de travail des bio-sciences et du partage des responsabilité s’ajoute depuis quelques années la démarche volontariste de quelques artistes qui ont abandonné les pinceaux et autres outils numériques pour enfiler la blouse du laborantin. Eduardo Kack à été l’initiateur du mouvement, il a été très vite suivi par quelques autres sans doute en mal de reconnaissance et qui ont très bien compris en tout cas qu’il y avait là une niche à exploiter. Effet garanti l’aspect novateur et sulfureux de leurs recheches leur à fourni une aura médiatique qu’il n’auraient sans doute jamais renconté autrement. Et les enjeux sont bien là, quelque soit la teneur de leurs travaux et les théories qu’ils défendent-avec brio d’ailleurs- il convient d’apporter des réponses claires aux questions suivantes : Quels sont les motivations des artistes d’aujoudh’ui ? Quel cadre conditionne leur engagement personnel ? L’ethique est-elle compatible -ou soluble- dans l’art ? Toutes ces questions devraient permettre de repenser le rôle que joue l’artiste dans la société.

.La première question est directement conditionnée par la deuxième, à savoir le cadre dans lequel l’artiste peux engager ses travaux. Vouloir répondre aux motivations sans prendre la mesure des conditions environnementales serais une gageure ou pire une façon déguisée d’apporter des réponses falacieuses. Il n’est en effet possible de mesurer l’espace de liberté que dans le cadre social, politique, idéologique et culturel dans lequel l’artiste évolue. Qu’il souhaite s’en dégager s ou qu’il « fasse avec » c’est bien le cadre qui donne les limites du champ d’action. Le cadre à aujourdh’ui une dimension internationale. Il est grandement liée d’une part au procédé de diffusion de l’information par les médias qui utilisent les moyens satelittaires et d’autre part par l’accès également global à internet. Il est permi de connaitre en temps réel les expos, de les visiter, d’échanger avec les artistes, les décideurs institutionnels ou les structures privées qui organisent des événements. Le net-art permet même d’exposer son travail sans quitter son fauteuil. Ce confort de diffusion et la confrontation avec des artistes d’origines géographiques éloignées n’enlèvent rien au cadre social et culturel de l’individu-artiste. Globalement la situation géographique d’origine influe fortement sur les comportements et la production catégorielle des oeuvres, il est en effet peu aisé de faire un rapprochement entre des artistes contemporains d’outre-atlantique et leurs corollaires d’afrique ou des pays d’asie, du magrehb ou d’ailleurs. A cela s’ajoute les conditions d’exercice du métier, l’incidence des dictatures politiques oblige à maints subterfuges les artistes chinois ou ceux d’Iran. L’une des conditions et non des moindres est celle du conditionnement psychique dans lequel évolue l’artiste. Depuis un siècle l’artiste subit ou entretien, c’est selon, l’image d’Epinal du « peintre maudit » qui vit dans l’incompréhension et la marginalité sociale et financière. De fait, l’image correspond-pour partie-à une réalité celle de l’augmentation du nombre d’artiste et le statut fort enviable en france d’artiste-rmiste. Elle a en plus l’avantage de servir de justification quant à la non-reconnaissance du travail produit. D’autre part l’artiste contemporain a la réputation sulfureuse d’un épicurien sans vergogne qui profite jusqu’a l’excès de tout et de tous. A quoi il faut associer la provocation qui, si elle est absente, rend peu crédible la démarche, l’artiste étant par nature-selon les standards- un provocateur de premier ordre. La conditon sine qua non de la réussite sociale de l’artiste passe d’avantage par le plan média, le « bon » carnet d’adresses et la « provoc » que par la qualité intrinsèque de l’oeuvre et la pertinence novatrice des propos. Dans ce contexte il est tentant d’adapter son travail à des compromis qui rendent acceptable l’oeuvre pour atteindre une célébrité transitoire qui s’accompagne généralement d’avantages financiers conséquents, plutôt que de travailler pour l’avancement de l’art.

La réponse à la première question coule de source, s’il est intègre l’artiste ne travaille pas pour lui même mais pour contribuer par ses recherches aux questionnements et de la société dans laquelle il vit. Peu importe qu’il soit ou non reconnu pour sa tâche. La postérité n’aurait sans doute pas retenu les artistes majeurs de ce siècle s’ils n’avaient contre vents et marées défendues contre l’adversité leurs positions de recherches intransigeantes et géniales. Evidemment il serait stupide d’en conclure qu’une réussite professionnelle, sociale et financière soit incompatible avec le statut d’artiste, mais elle ne doit pas être la condition première.

Or la position des artistes du bio-art est très ambigue, le fait qu’ils émergent au moment ou la recherche du génie génétique devient populaire n’est pas innocent. S’ils avait eu l’intégrité qui convient à un artiste, ils auraient commencé leurs travaux à l’émergence- peu médiatique et peu porteuse il est vrai- des bio-technologies elles -même. Il y a fort à parier qu’ils auraient reçu une fin de non recevoir par les chercheurs préoccupés par la confidentialité de leurs recherches et les retombées financières juteuses qu’ils en espéraient. Pour comprendre le renversement il suffit d’admettre que les artistes du bio-art on été les otages volontaires d’un processus média engagé par à la recheche génétique qui tend à lui donner une image positive alors qu’elle est contestée par la société civile, les alte-rmondialistes et jusqu’à certains hommes politiques. Lorsque Nathalie Jeremijenco artiste et chercheuse dit « que c’est justement parce qu’il oblige le public à réfléchir que le bio-art est intéressant » il est clair qu’elle cautionne le plan média des laboratoires qui lui permettent de travailler et surtout qu’elle fait bien peu de cas des capacités mentales du spectateur sans doute à ses yeux trop stupide pour faire des extrapolations mentales sans support direct et sans savoirs quels sont les enjeux réels. Malheureusement pour les artistes du bio-art le public s’informe, il sait par exemple qu’Eduardo Kac n’a pu réaliser son « lapin vert » qu’avec l’appui de l’INRA qui comptait bien se faire une publicité à moindre coût pour un projet qui rappelons est essentiel à l’évolution de la science et permettra enfin aux éleveurs de lapin de retrouver de nuit leurs locataires égarés avec une simple lampe de poche. Rappelons aussi que Novartis l’un des principaux producteurs d’OGM était en 1999 l’un des principaux sponsor du « Ars Electronica » qui réunissait artistes et chercheurs sur le thème « Science de la vie ». Faut il ajouter enfin que l’Oréal à remis en janvier son « Art and Science Award » à deux artiste anglais Acroud et Harvay pour leur ’stay green grass« une pelouse qui reste toujours verte, pour comprendre tous les enjeux économiques qui se cachen en arrière plan. Les artistes du bio-art sont à l’image des scientifiques avec lesquels ils collaborent. Ils sont plus préoccupés des royaltises que leur procure leur travaux et des retombées médiatiques qui en découlent ques des questions éthiques que chacun doit se poser. Si l’artiste à pour mission de remettre en cause par sa démarche et son travail les présupposés de la société dans laquelle il vit, s’il doit s’exclure de la pensée normative et ouvrir de nouvelles voies, il est responsable d’une réflexion éthique indissociable de l’oeuvre qu’il produit. Il est certain qu’avec des pièces comme »Genesis« du décidément célèbre E. Kac on est loin du compte et qu’il y a dans une telle démarche la volonté de puissance d’un démiurge à l’esprit dérangé. Cette oeuvre n’est rien de moins qu’un appel lancé au spectateur de devenir créateur de vie en influant sur le développement de bactérie à l’intérieur d’une éprouvette via un ordinateur . L’artiste cherche à impliquer le spectateur en inventant une procédure artificielle et technoïde qui remplace le questionnement moral légitime d’une telle oeuvre par un geste mécanique, banal qui semble n’engager à rien, un simple clic sur une souris d’ordinateur. Sous prétexte de modernité »high tech« l’artiste implique le spectateur dans une logique de banalisation des enjeux des manipulations génétiques. L’acte est scandaleux, l’absence de reflexion de celui qui cautionne par son geste l’est tout autant. L’artiste à rempli son contrat d’homme à scandale. Il faudra faire plus scandaleux la prochaine fois et repousser toujours plus loin les limites et lorsque l’on sait qu’a l’origine de l’oeuvre il y a un gène synthétique qui contient un verset de la Genèse, on prend la mesure des intentions et des prétentions de telles démarches. Les artistes du bio art auront beau jeu de crier à l’incompréhension il faudra bien un jour qu’il répondent de leurs responsabilités et apprennent à faire la distinction entre le »on peut faire« et le »on sait faire". L’éthique passe aussi parfois par l’auto-censure.

Thierry Vendé

P.-S.

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(Sans licence)

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